Les petites étoiles à la rescousse

J’ai un petit garçon qui se réveille plusieurs fois la nuit.

À deux ans.

Apparemment il y a des bébés qui « font leurs nuits » à 3 mois, voire avant.

Bin moi, je suis pas tombée sur ce modèle-là.

Quoique…

Il fait effectivement « ses » nuits; sa définition de la nuit consiste à vérifier plusieurs fois si maman existe toujours et si le goût du lait est toujours exquis. À 2 ans, il boit encore 1 à 2 petits biberons par nuit; si je le disais à sa pédiatre, elle ouvrirait grand les yeux, pétrifiée d’horreur.

Je me souviens d’une visite alors que mon bébé avait exactement 12 mois et 3 jours, et elle m’a TRÈS VIVEMENT conseillé de le forcer à se sevrer des biberons de nuit car à partir de un an, les bébés seraient « neurologiquement aptes » à arrêter de se repaître la nuit.

Perso, je trouve ça complètement aberrant. Ils peuvent marcher entre 10 et 15 mois, la crise du « terrible twos » est entre 18 et 36 mois, mais pour arrêter de boire la nuit c’est UN AN. PILE.

Bref, je me suis « d’la marde, quand il n’aura plus envie de boire la nuit il arrêtera ».

Cela dit, il semble que mon garçon dorme assez bien quand même; j’entends des histoires de petits qui se réveillent toutes les heures ou qui décident de jouer pendant 2 heures en pleine nuit. À 18, voire 24 mois. Voire plus. Mon Chouchou d’amour, il se rendort généralement très vite. Alors je me dis que je ne suis pas tombée sur le modèle qui compromet le plus ma santé mentale en m’empêchant de dormir toute la nuit.

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Ti-bonhomme qui fait la sieste

Mais parfois, rarement à vrai dire, ça ne le tente pas de se rendormir. Récemment, j’étais vraiment fatiguée, et je passait la nuit seule avec lui. Et c’est là, évidemment, qu’il a décidé de rester éveillé après un biberon; comme si ça lui avait donné des forces. Je lui ai fait des « shshshshsh » qui ressemblaient plus à des « chuuuuut ». Je lui ai dit « dodo! » d’une voix qui se voulait douce, mais qui était seulement dite à voix basse -le ton était plutôt sec. J’ai voulu lui caresser le dos, mais ma main avait un mouvement saccadé, comme si j’étais tendue… Bref, je me suis rendue compte que je m’énervais. Je devais donc arrêter de lui imposer ce qui me tentait, et plutôt l’écouter.

Il veut être réveillé; soyons réveillés !

J’ai allumé la lumière, il a un peu gémi car il ne s’y attendait pas et ça lui a fait mal aux yeux; je me suis excusée puis je lui ai demandé, avec une voix réellement douce: « Tu veux des petites étoiles?
– Étoiles ! » m’a-t-il répondu.

Je suis allée chercher les petites étoiles à la cuisine.

Les étoiles en sucre que j’avais achetées pour son gâteau d’anniversaire. Je l’ai laissé en manger quelques-unes. J’en ai mangé aussi. Il était drôlement content; il les mangeait lentement. Il aimait la façon dont ça craquait sous ses dents. Il semblait les savourer, il faisait des petites pauses entre deux étoiles. Après, je lui ai redonné un biberon, j’ai éteint la lumière pendant qu’il buvait, et on s’est rendormis assez vite. Avec quelques étoiles dans le ventre.

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Si j’avais laissé mon exaspération monter, si j’avais voulu contrôler son comportement, j’aurais pu me fâcher, et même lui crier dessus. En fait, ça m’est déjà arrivé. La première fois, il avait environ 9 mois; j’ai crié « dodo! » alors qu’il tournait, se retournait, gémissait depuis ce qui me semblait une éternité.

Le truc le plus débile du monde.

Crier sur un enfant est une excellente méthode pour qu’il ne dorme pas; pas vraiment à cause du volume sonore élevé, mais surtout parce qu’on vient de lui faire peur et que ça va forcément prendre du temps pour que son émotion diminue et qu’il finisse, plus tard, par s’apaiser. Puis s’endormir, encore plus tard.

Mais le soir des petites étoiles, j’ai vu la frustration monter. Plutôt que de devenir réactive, j’ai été proactive; j’ai agi sur la seule chose sur laquelle j’avais du contrôle : ma réaction. Ma façon de prendre les choses -ou de les accepter. J’ai trouvé une solution à une situation qui n’était un problème que pour moi; je ne m’en suis pas prise à mon petit, ni verbalement, ni physiquement. Je n’ai pas non plus persisté à endurer une situation qui m’exaspérait, dents serrées, à rêver de retourner pendant juste 1 heure à ma vie pré-bébé.

C’est étonnamment difficile; je pensais être parmi les personnes les plus patientes du monde avant d’avoir un enfant. Et en fait, j’ai dû beaucoup travailler sur moi-même pour développer des approches respectueuses de ses propres besoins et de ses capacités, sans non plus me négliger; mais la chose merveilleuse, c’est que ces choses-là fonctionnent comme le sport : plus on pratique, plus c’est facile. Et quand on dérape, il faut s’excuser auprès de l’enfant, puis faire une introspection plus tard pour tenter de comprendre ce qui s’est passé.

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Dans un premier temps, j’avais du mal à identifier à quel point j’étais proche (ou pas) de mes limites. Ensuite, une fois que j’ai progressé dans ce domaine, j’ai vécu un problème de « je-suis-presque-à-bout-mais-il-va-forcément-s’endormir-juste-avant-que-j’-explose » : même si je savais que je m’approchais de mes limites, je m’aventurais dangereusement proche, persuadée que la situation qui me rendait tendue allait bientôt se résorber. Dans ces cas-là, j’ai dû apprendre à m’excuser et sortir de la pièce afin de laisser la pression redescendre; souvent, 2 petites minutes seule suffisent à regonfler ma patience et à avoir les idées assez claires pour trouver une approche créative, ou du moins qui ne nous frustre pas tous les deux. Au pire, il peut pleurer un peu, choqué (même si je l’ai prévenu) que je le laisse seul quelques instants.

Mais de plus en plus, je parviens à stopper la machine avant, et à désamorcer les choses -comme avec les petites étoiles.

Évidemment, en cas de sérieux dérapage (hurlements fréquents, voire coups sur l’enfant) allez chercher de l’aide professionnelle, et essayez d’être plus entourés (famille, amis, baby-sitter,…) En fait, même si vous ne pensez pas en avoir besoin, allez voir un psychologue. C’est étonnant, ce qui peut sortir de ces rencontres.

Pour revenir à cette nuit-là où j’aurais pu crier sur mon enfant, on a vécu à la place dix minutes sereines; on a eu un moment de douceur et d’intimité au cours duquel on a renforcé notre connexion. La voie de l’éducation bienveillante est difficile et à la base cruellement contre-intuitive, mais elle est d’une rare beauté…

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