Donner des consignes à son enfant: tout un art

J’ai failli appeler cet article « comment me faire obéir par mon enfant ». Mais ça aurait été trop alléchant, surtout que je n’ai pas de formule magique.

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La base de l’éducation bienveillante, c’est de créer un « terreau fertile » pour toutes nos interactions futures; c’est de nourrir nos relations avec notre famille afin d’établir une confiance et un respect mutuels. L’idée est simple: on a plus envie d’obéir à quelqu’un qu’on aime et dont on est sûr qu’aucune de ses actions ne vont nous nuire. Si un inconnu vous demande de fermer les yeux et d’attendre qu’il vous dise de les rouvrir, le feriez-vous ? Probablement pas. Il pourrait voler votre téléphone ou votre portefeuille, ou encore vous asperger de peinture ou pire. Si votre conjoint vous fait la même demande, je pense qu’on serait nombreux à obéir; peut-être avec un petit sourire légèrement anxieux et intrigué, mais en tout cas on hésitera moins qu’avec un inconnu.

En ce qui concerne le vif de notre sujet, soit comment donner des consignes à des enfants en espérant un taux assez élevé de réponses positives, le principe reste le même : un enfant qui a une confiance élevée en ses parents sera plus enclin à suivre la consigne.

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Cela dit, peu importe votre relation avec votre enfant, il y a quelques conseils qui permettent de faciliter le processus.

Une bonne consigne doit être courte; plus l’enfant est jeune, plus le nombre de mots qu’il comprend est restreint, et sa mémoire est plus courte. Avant deux ans environ, on évite les consignes en 2 temps (« mets ton manteau et rejoins-moi sur le balcon » par exemple). Également, les consignes qui comportent des éléments temporels sont difficiles à comprendre pour les tout-petits : »débarrasse ton assiette après le repas ». Autant le guider nous-même au moment de réaliser l’action. Après moultes répétitions, un jour, l’enfant en prendra l’initiative… ou vous pourrez lui rappeler en disant gentiment « Et ton assiette? ».

Par ailleurs, la consigne doit être claire, et se concentrer sur ce qu’on attend, plutôt que ce qu’on n’attend pas. Au lieu de dire « arrête de crier » on peut demande à l’enfant de parler « normalement » ou doucement. À la piscine, nulle besoin de crier « ne cours pas! » sur un enfant qui sort en courant des vestiaires pour aller plonger dans l’eau: on tente d’abord de faire de la prévention, en lui expliquant avant d’aller à la piscine qu’il faut marcher, sinon il risque de glisser et de se faire mal. Une fois à la piscine, si l’enfant a oublié, on lui explique, en formulant de façon affirmative : « ici, on MARCHE ». J’ai déjà vu un enfant bloquer après s’être fait crier dessus de ne pas courir; il n’avait pas compris quelle partie de son comportement posait problème au parent. Ils étaient bien à la piscine pour aller dans l’eau, non ? Il n’avait pas compris que le problème n’était pas le déplacement en soi, mais la vitesse à laquelle il était effectué. J’ai déjà vu ce principe sous le nom « consigne positive » mais je l’appellerais plutôt consigne « affirmative » (oui, j’étais très forte en grammaire à l’école).

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Extrait de « J’ai tout essayé! » d’Isabelle Filliozat

L’illustration ci-dessus est assez parlante au niveau de l’intérêt de ne parler que de ce qu’on désire obtenir de l’enfant. Cela dit, certaines consignes peuvent être interprétées par l’enfant d’une façon qui va déconcerter les adultes. Par exemple, supposons qu’on veut établir une règle relativement à un placard en particulier, qu’on n’a pas envie de bloquer parce qu’on utilise vraiment souvent ce qu’il contient, mais on aimerait que notre enfant n’aille pas fouiller là-dedans. On lui explique que le placard doit rester fermé… et l’enfant pose la main sur la poignée; on va avouer qu’on peut limite devenir hystérique devant ce comportement: on vient d’énoncer une règle courte et claire, et la première chose que l’enfant fait est de la transgresser en nous regardant dans les yeux !! Or l’enfant a une mémoire kinesthésique; il veut valider que c’est bien de ce placard-là qu’on parle. Ou il veut s’entraîner à le fermer. Guidez-le avec douceur et fermeté, et donnez-lui toujours le bénéfice du doute dans ses comportements.

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Ti-Chou qui va recevoir une consigne l’invitant à ranger avec maman !

Un autre aspect de la consigne: elle doit avoir une certaine clarté; pour un jeune enfant, « range ta chambre » est réellement vague. On découpe donc ça en étapes successives, par exemple en l’aidant à ranger les petites voitures; puis une fois que c’est fini, on peut l’inviter à ranger tout seul ses livres. Comme la chambre est déjà plus claire avec les petites voitures bien dans leur boîte, l’enfant est encouragé en voyant les résultats du rangement. D’ailleurs, une consigne n’a pas à être contraignante; bien des parents estiment que « faire la discipline » consiste à apprendre aux enfants qu’il existe des règles à respecter sans discuter. Or il s’agit plutôt de règles de vie qui rendent la vie ensemble plus facile. Par exemple, j’ai besoin que sa chambre soit rangée pour pouvoir la nettoyer; je préfère quand l’eau du bain reste dans la baignoire car je n’aime pas essuyer le sol après, et la salle de bains sent déjà un peu le renfermé; etc. Je vous invite à relire mon article qui traite du fait qu’on ne devrait pas s’attendre à ce qu’un enfant obéisse juste parce que le parent ordonne.

Du coup, quand mon petit renverse une boîte de Cheerios, je lui fais remarquer gentiment que les céréales sont par terre; depuis le temps qu’on pratique, désormais il va généralement lancer lui-même l’idée qu’on devrait les mettre dans la boîte. Il en remet 8 dedans, et moi les 60 autres, à tour de rôle, comme un jeu : Chouchou met un Cheerios, Maman une poignée, etc. C’est léger, je n’ai pas à froncer les sourcils ou hausser le ton. Il a juste fait tomber des céréales, ce n’est pas grave. S’il ne m’avait pas aidée, j’aurais rangé devant lui, en expliquant que c’est important pour moi de les ranger, que ça me fait plaisir. Et quand il m’aide, je le remercie; toujours.

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Consigne: « L’eau reste dans le bain » plutôt que « arrête d’éclabousser! »

La façon non-verbale qui accompagne l’énonciation de la consigne participe aussi à son acceptation: être près de l’enfant, s’agenouiller à son niveau, le regarder dans les yeux plutôt que de lancer une consigne depuis une autre pièce. Également, évitez de lui demander son avis (« on va ranger ensemble ce que tu as fait tomber, d’accord? »), ce qui s’applique aussi au non-verbal (le parent qui semble s’attendre à ce que l’enfant dise non et qui en tremble d’avance -oui, je suis passée par là, et les enfants sont assez bons pour le percevoir).

Une consigne sera également difficilement vécue par l’enfant s’il se fait interrompre; il est au parc et s’amuse comme un fou, et vous le pressez pour rentrer? Il lit son livre préféré et n’en est qu’à la moitié, et vous désirez absolument qu’il quitte tout pour mettre son manteau et aller à la garderie ? Sondez-vous: dans la même situation, comment le vivriez-vous ? Si vous êtes en train de lire un chapitre de livre passionnant et que votre conjoint vous presse pour sortir, allez-vous le suivre avec enthousiasme ? Pensez à prévenir l’enfant de tout événement qui a été planifié, avec l’aide éventuelle d’un « time timer » (photo ci-dessous). Ceux-ci permettent à l’enfant, en voyant la zone rouge rapetisser progressivement, de juger combien de temps il leur reste avant qu’un événement se produise. Il sera alors généralement plus facile pour eux d’accepter de vous suivre.

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Enfin, dernier conseil: impliquez votre enfant. Il pleut mais il veut absolument mettre des petites sandales plutôt que ses bottes ? Arrêtez d’ordonner. Posez-lui des questions sur la pertinence de sa décision. Il ne pleut pas mais des averses sont prévues plus tard dans la journée ? Initiez-le à la météo, montrez-lui les prévisions, demandez-lui quelle est la tenue la plus confortable lorsqu’on fait face à ce type de temps.

Être parent implique en général beaucoup de créativité; cependant, l’investissement initial consistant à changer sa façon d’énoncer les consignes résulte en une relation approfondie avec son enfant, et beaucoup moins de stress pour tout le monde. Questionnez aussi toujours la pertinence de vos consignes; par exemple, est-ce si important pour vous qu’il ne se mouille pas les pieds? Peut-être pas; il se peut que vous pensez plus au fait que s’il est malade, vous devrez prendre un congé, mais que ça ne vous dérange pas qu’il rentre à la maison les pieds mouillés et froids, parce qu’il fera un autre choix la prochaine fois -la réponse vous appartient.

Comme je l’ai dit en introduction, l’application de ces différents conseils ne garantit pas que votre enfant écoutera systématiquement vos règles ou recommandations. Cependant, chacune de ces idées peut être rattachée à un concept global, qui est de respecter l’enfant: son rythme, ses capacités, ses envies aussi, dans la mesure du possible (on ne parle pas ici évidemment des cas où la santé ou la sécurité de quelqu’un seraient compromises). Avec un peu de pratique, vous pourrez obtenir une meilleure collaboration de vos enfants.

 

Naître et grandir : Comprendre les consignes, 1 à 3 ans 

Le blogue de Chloé (je lui ai un peu piqué son titre!) : L’art de la consigne

Isabelle Filliozat : « J’ai tout essayé », éditions JC Lattès

S comme C, le blogue de Sandrine Donzel : À propos des limites et de leur effet sur les enfants … et sur les parents …

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3 réflexions sur “Donner des consignes à son enfant: tout un art

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