Je ne dis (presque) jamais non à mon enfant

L’adulte déteste se faire dire non; que ce soit le patron qui refuse une promotion, le restaurant qui n’a plus le plat qui nous alléchait tant quand on l’a repéré sur la carte ou l’ami qui refuse de prêter quelque chose pour des raisons nébuleuses, le « non » est généralement contrariant.

L’enfant déteste ça encore plus, lui qui a si peu de contrôle sur sa vie. C’est l’heure de s’habiller, c’est l’heure d’aller à la garderie, c’est l’heure du bain, etc. Les adultes dans sa vie ont un grand contrôle sur son emploi du temps, mais aussi sur son corps. On peut le forcer à s’habiller, le contraindre à s’asseoir dans la voiture ou la poussette, lui essuyer la bouche avec un torchon mouillé et froid même si ça le dégoûte, et j’en passe. Aucune surprise donc quand arrive la « période du 2 ans » où l’enfant tente de faire sa place, d’élever sa voix dans l’espoir d’être entendu.

Derrière le fait d’éviter le « non », il y a plusieurs motivations; celle que je viens d’énoncer, d’éviter des contrariétés inutiles à un enfant qui est déjà très limité en général et qui en outre ne possède pas les compétences pour traiter ce genre d’émotion. Également, lorsque les « non » se multiplient, ils deviennent du bruit de fond et n’ont plus aucune force. Si vous vous limitez dans l’usage de ce mot, votre enfant comprendra que c’est vraiment important quand vous l’utilisez. Également, si vous dites moins non… il y a de bonnes chances que votre enfant en fasse autant.

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Une astuce est de retourner le « non » en « oui ». Par exemple, l’enfant qui réclame un biscuit avant le repas peut se faire dire « oui, après le repas! » (ou demain). Ou encore, s’il décide de faire des bulles de savon dans sa chambre, on peut lui expliquer qu’il peut faire des bulles dehors (sauf si ça ne vous dérange pas d’avoir le plancher un peu collant). Souvent, le simple fait d’autoriser l’action, mais à un autre moment ou dans un autre lieu, va permettre de respecter à la fois vos limites, et les besoins de vos enfants : tout le monde y gagne, et la relation devient plus sereine. Personnellement, je trouve qu’énoncer un « non » a des effets comparables à être la personne qui le reçoit: ça contribue à construire une certaine tension qui augmente à mesure que les « non » se multiplient au cours de la journée, menant éventuellement à un parent qui explose, par exemple en criant après l’enfant.

Également, l‘aménagement de l’espace, en restreignant l’accès à des pièces ou des objets dangereux ou fragiles, évite de devoir toujours être derrière son enfant, de lui retirer des objets des mains (ou de crier si on le voit avec quelque chose de coupant, une réaction bien normale!) C’est ce que Janet Lansbury appelle un « yes space » : une zone où l’enfant peut toucher absolument à tout. Cela veut notamment dire : rien de coupant à portée de main, aucun meuble qui pourrait lui tomber dessus s’il l’escalade, aucun objet trop petit avec lequel il pourrait s’étouffer. Ajoutez des barrières, fermez certaines portes, bloquez certains placards, repensez dans quel tiroir vous rangez quels accessoires… et vous pourrez cuisiner ou lire un livre avec plus de sérénité.

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On peut aussi faire fonctionner l’imagination de notre enfant lorsqu’on doit vraiment dire non; par exemple quand il désire un jouet au magasin. Une approche que je n’aime pas, c’est de tenter de le raisonner avec des arguments trop terre-à-terre pour lui, du genre « tu as déjà dix petites voitures! » ou « on n’a pas assez d’argent pour t’acheter autant de jouets ». Également, je ne suis pas fan de dire « moi aussi j’aimerais cette voiture, je suis triste pour toi » parce qu’honnêtement, c’est dur d’être suffisamment acteur pour que l’enfant ait l’impression que notre peine et notre frustration sont authentiques et aussi fortes que les siennes. Par contre, commencer à discuter que la petite voiture est vraiment belle, qu’on pourrait faire une course entre elle et la bleue qu’il a déjà, lui demander où il la rangerait, va occuper son cerveau, nourrir son imagination, et probablement diminuer son désir pour la voiture: ce qu’il désirait probablement, c’est les rêves associés avec ce qu’il pourrait en faire s’il la détenait. En échangeant avec lui, vous l’aurez comblé.

C’est très facile de dire non un grand nombre de fois dans une journée; parfois c’est aussi simple que de répondre à un enfant qui demande une collation : « non, pas tout de suite », parce que vous lisez un bon livre que vous n’avez pas envie de lâcher immédiatement. Passer à une formulation plus affirmative comme « je lis encore 2 pages puis je te sers une collation » peut éviter bien des crises. Une astuce qui marche en ce moment avec mon petit qui aime essayer de compter, c’est de lui dire « tu comptes jusqu’à 5 et là je te sers ton verre de lait! » Il répond « six… sept… neuf ! » et je me lève pour le servir. Le temps passant, il gagne confiance (je fais toujours ce que je lui annonce) et je le sens progressivement prêt à tolérer des temps d’attente un peu plus longs. Expérimentez avec votre enfant; soyez indulgents avec vous-mêmes, et constatez au bout d’un moment que, plus on pratique, plus ça vient aisément.

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Quand la sécurité est en jeu, il y a des façons de ne pas dire non qui permettent néanmoins à l’enfant de comprendre que c’est important de respecter l’interdit qui a été énoncé. Par exemple, nous habitons en face d’un parc, mais la rue à traverser est assez passante; bus, voitures et pas mal de camions s’y succèdent à un bon rythme. Par contre, on se sent généralement trop paresseux pour marcher jusqu’au feu de circulation; du coup, on traverse directement, avec le petit dans nos bras. Sauf que ce dernier a décidé à un moment qu’il voulait absolument marcher; comme il n’hésite pas à nous tenir la main, le marché aurait pu être acceptable, sauf qu’il marche encore plus lentement quand on traverse, comme fasciné d’être dans la rue. Du coup, on a établi une règle: « on traverse dans les bras (de maman ou papa) ».

Les premières fois, il refusait; je me mettais entre lui et la route, au bord du trottoir, et je répétais la consigne, avec douceur et conviction. Il boudait, la face contre terre, puis tout à coup se relevait et disait : « oui, les bras ». Je lui montrais les « grosses voitures » qui ne pouvaient pas bien le voir et je lui expliquais que c’était pour sa sécurité. Maintenant, il demande lui-même à aller dans nos bras -et nous parle des grosses voitures. Tout ce qu’il a fallu, c’est d’avoir systématiquement la même attitude, de montrer qu’on croyait à fond à la limite qu’on lui imposait, et de respecter ses manifestations de refus et d’émotion alors qu’il venait de se faire imposer une nouvelle règle.

Je ne m’attends pas forcément à ce que cette procédure marche toujours, mais elle a le mérite d’être douce et respectueuse; je ne m’y sens pas en lutte de pouvoir, quoique les choses auraient pu rapidement se dégrader s’il avait ultimement refusé de venir dans mes bras. En effet, plutôt que de ne pas aller au parc, j’aurais tenté de l’emmener en faisant un détour par un endroit où il y a des feux de circulation, mais il aurait facilement pu croire qu’on allait ailleurs et embarquer dans un torrent d’émotions (plus couramment appelé « crise », un mot que je trouve un peu méprisant…) Sur ce chapitre-là, comme bien des parents, j’aime mieux que ça se passe à la maison, et ça a un côté décourageant de voir un enfant dans cet état alors qu’on veut tous les deux la même chose -aller au parc- mais juste pas de la même façon sur un seul petit détail… (à venir : un article sur les fameuses crises, promis !)

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Isabelle Filliozat, dans son livre « J’ai tout essayé! » propose aussi d’utiliser le mot « stop », pour les raisons suivantes :

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Pour continuer avec les techniques de non-« non », mais à l’inverse, pour éviter ceux de son enfant : plutôt que de lui demander le soir s’il veut bien enfiler son pyjama, on peut lui donner des choix. Il pourrait être mis à contribution pour choisir entre 2 pyjamas, ou alors choisir s’il se brosse les dents avant ou après avoir mis le pyjama. Ce dernier pourrait être imposé par les parents, puisqu’un choix a été proposé ailleurs (dans l’ordre des actions), et l’enfant ne devrait pas non plus devoir gérer trop de choix car cela devient demandant pour lui, et même insécurisant.

Au final, l’idée n’est pas de ne jamais dire non; c’est trop difficile, illusoire, et en fait carrément dangereux. Quand on pose nos propres limites, l’enfant apprend qu’il peut en poser aussi, ce qui est important plus tard par exemple quand un inconnu veut lui donner des bonbons. Mais tenter d’en diminuer le nombre est à mon avis une approche qui profitera à tous.

Et vous, avez-vous d’autres astuces ?

http://www.theparentingjunkie.com/#!How-to-turn-your-NO-into-a-YES/c1rfl/55bfb82e0cf267673a81ae44

http://www.regardingbaby.org/2011/11/05/what-to-say-instead-of-no-six-ways-to-gain-your-childs-co-operation/

http://eduquer-differemment.com/education-positive/comment-eviter-non-inutile-enfant/

http://www.coolparentsmakehappykids.com/#!8-règles-pour-dire-‘non’-à-nos-enfants-sans-lutter-ou-presque/c127z/563378e40cf2ce5bf4344683

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