Les colères des tout-petits, partie 2 : ce qu’il ne faut pas faire.

Vu qu’on est sur un blogue de parentalité bienveillante, je ne parle même pas des cris, fessées ou insultes envers un enfant. Quoique le sujet est intéressant lui aussi.

Non, avant même de m’étendre sur ce qu’il faudrait faire, j’aimerais m’exprimer sur ce conseil en particulier qui revient fréquemment: en cas de pleurs ou de colères d’un enfant, le distraire, lui proposer un autre jeu, porter son attention sur un objet différent.

Et ce n’est pas un mauvais conseil en soi : ça marche, et ce n’est pas complètement irrespectueux. L’enfant n’est pas grondé ni frappé, la redirection se fait avec douceur ou enthousiasme, la crise est terminée.

Sauf que…

Si j’ai dit que ce n’était *pas complètement* irrespectueux, c’est parce que, justement, le parent cherche quelque part à stopper la crise le plus vite possible. À la « maîtriser ».

Et c’est totalement approprié si vous êtes stressé, en retard, fatigué, malade. Parce que, dans de telles conditions, s’évertuer à employer d’autres méthodes peut augmenter votre frustration ou votre irritabilité… et résulter sur quelque chose de pas très beau, comme crier sur son enfant. Je le dis tout de suite, il m’est arrivé souvent par le passé d’utiliser cette technique, qui est vraiment pratique. Par contre, je ne la recommande pas en tant que méthode habituelle.

Parce que vous venez de voler à votre enfant une occasion d’apprentissage.

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En distrayant votre enfant, vous tentez de faire cesser son inconfort, voire sa douleur; mais vous l’empêchez aussi de passer à travers une épreuve, de lui donner un modèle et de le laisser construire du sens à ce qui se passe en lui.

Au final, il faut se poser la bonne question : est-ce que ce n’est pas votre propre inconfort auquel vous désirez mettre fin ? Biologiquement, c’est sûr qu’on est faits pour répondre aux cris et aux pleurs des autres, et encore plus quand il s’agit de nos enfants. Quand mon bébé pleurait en se réveillant de sa sieste, je courais dans sa chambre; comme notre appartement est petit, ça veut dire que j’arrivais à son chevet probablement en 10 secondes au lieu de 15. Ses cris venaient vraiment me chercher… Par contre j’ai eu une illumination un jour où il était dans mes bras, s’est mis à pleurer je ne sais plus pour quelle raison, et qu’il a stoppé net quand je me suis mise à le bercer. J’ai eu l’impression dérangeante que je venais d’exercer du contrôle sur lui, un contrôle qui allait au-delà de mon rôle de parent puisqu’il n’était pas dans une situation dangereuse et ne portait pas préjudice à quelqu’un ou quelque chose. J’avais déjà lu l’article de Janet Lansbury sur l’importance de ne pas rediriger et, alors que je ne me sentais pas concernée avant, cet incident m’a ouvert les yeux.

Cela dit, je recommande toujours la distraction quand vous ne vous sentez pas prêt à faire face à une colère… et que la technique marche encore sur votre enfant. À 3 ans, ce n’est plus possible de le faire avec notre fils; en fait, même si faire des grimaces va le faire rire durant 20 secondes, il va reprendre sa colère -ENCORE PLUS FORT. Je ne peux qu’admirer cet esprit qui a compris qu’on tentait de ruser avec lui ! Cela dit, elle peut marcher encore occasionnellement avec la télé, mais j’évite à tout prix cette voie, à moins d’être seule avec lui et malade, et qu’il s’agit d’une tentative de survie de ma part, et pas d’une solution de facilité.

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Pour résumer l’article en question (soit que vous n’ayez pas envie de le lire, soit que l’anglais vous rebute), distraire un enfant l’empêche d’avoir une réponse honnête à ce qui se passe en lui. Nommer l’émotion (« tu es fâché! ») lui permettra de mieux se guider à travers ses émotions et celle des autres, au fur et à mesure qu’il rencontrera ce genre de situation (on y reviendra dans la partie 3 de la série). Diriger un enfant vers un autre jouet en cas de conflit avec un autre petit empêche de lui apprendre à attendre son tour et à respecter les autres; également, lui donner une poupée alors qu’il voulait dessiner sur le canapé ne vous donne pas l’opportunité de lui apprendre qu’il a le droit de dessiner sur le papier uniquement (cela dit, dans ce cas précis, il est peut-être plus prudent de ne pas laisser les feutres à portée de main d’un jeune enfant).

Mais plus encore, il s’agit simplement d’une question de respect; lui faire croire que votre téléphone portable s’est changé en ours en peluche en passant derrière votre dos peut être drôle une fois, mais pas deux. Si vous voulez apprendre à votre enfant à faire face à ses émotions et à celle des autres, soyez un modèle : faites de même et affrontez les émotions fortes de votre enfant, peu importe à quel point elles peuvent vous sembler dérangeantes. C’est probablement le plus beau cadeau que vous pourrez lui faire.

À lire, un article intéressant sur Evolutionary Parenting qui examine des études scientifiques sur le sujet : http://evolutionaryparenting.com/distraction-redirection-and-responsiveness/

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