Les colères des tout-petits, partie 3 : comment y faire face.

Faire face aux colères d’un enfant peut être étrangement assez difficile… Entre le fait qu’on a l’impression que ça arrive toujours « quand il ne faut pas » (on est fatigués ou pressés) ou au contraire dans un moment calme dont on voulait profiter, ces colères sont souvent mal venues, détestées, et on aimerait qu’elles cessent d’autant plus vite que la cause apparente nous semble futile (on lui a servi de l’eau dans son gobelet rouge, mais au moment où il l’a vu il s’est mis à hurler qu’il voulait le bleu !)

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Cela dit, aider un enfant à passer à travers ces moments difficiles va lui permettre d’acquérir justement les compétences qui lui manquent pour mieux gérer ces colères.

Pour les colères qui résultent directement d’un besoin de base (voir partie 1), réconforter l’enfant et répondre au besoin rapidement est la seule chose à faire. Pour les colères plus complexes, plusieurs choses sont à considérer.

Un aspect souvent oublié est notre propre attitude; quand mon enfant était plus petit, je réagissais de façon très émotionnelle, paniquée en fait, je voulais à tout prix régler son problème au plus vite. Je me suis déjà fait dire que « il n’est pas en train de mourir » quand je courais le chercher s’il pleurait en se réveillant de sa sieste. Le truc, c’est qu’on est quand même biologiquement programmés pour réagir à des manifestations de souffrance chez autrui -nos enfants encore plus. Donc, quand je courais à sa chambre, le cœur battant, c’était bien plus pour moi que pour lui. Cela dit, il est vrai que voir une maman affolée surgir dans sa chambre a quelque chose d’angoissant pour un enfant. J’ai appris à respecter mes propres sentiments, sans avoir peur d’être perçue comme une maman poule, tout m’en distanciant au moment d’entrer en contact avec mon enfant, afin de faire la place aux siens principalement. Il s’agit de rester calme afin de montrer qu’on n’est pas dépassés par leurs émotions, ce qui donne le message que celles-ci sont normales. Au fur et à mesure qu’il grandit, il apprendra progressivement d’autres façons de les écouter, de se les approprier et de les exprimer d’une façon acceptable.

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Par ailleurs, quand l’enfant est en crise, il est incapable de gérer une réponse rationnelle de votre part. Lui expliquer que l’eau a strictement le même goût dans le gobelet rouge que dans le bleu ne va jamais l’aider à reprendre le contrôle de lui-même.

C’est là que vous conseille de lire ce livre fabuleux de Dan Siegel et Tina Payne Brison « Le cerveau de votre enfant » ainsi que sa suite « La discipline sans drame« . Les auteurs expliquent l’importance de connecter avec son enfance avant de commencer à corriger ce qui s’est passé. L’expression fonctionne bien en anglais : « connect, then correct ». Mais pourquoi cela? Une vidéo excellente vous résume un des principes fondamentaux sur lequel s’appuient les conseils présentés dans le livre : le fait que, quand on est en colère, on est uniquement connectés à notre « cerveau d’en bas », le cerveau reptilien, lié à la survie, qui a envie d’attaquer ou de fuir. Cela prend un peu de temps pour reconnecter avec le « cerveau d’en haut », plus rationnel; à ce moment-là, on pourra alors discuter avec l’enfant de ce qui s’est passé en lui et des possibles éléments déclencheurs, ainsi que lui donner des pistes pour la prochaine fois que cela survient.

Pour aider l’enfant à passer à travers la phase intense et émotionnelle de sa colère, quelques trucs peuvent aider. Le prendre dans nos bras l’aide à reconnecter avec ses sensations physiques; c’est comme si son esprit était parti très haut, qu’il avait perdu le contrôle de lui-même, et qu’il faut le ramener sur Terre (et ça arrive aussi aux adultes!). Avec un enfant plus âgé ou un adulte, une pression sur le bras, ou tendre un verre plein d’eau froide, bien lourd et glacé, peut donner le même genre de résultat.

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Également, pour aider à normaliser ce qui se passe, on peut mettre des mots sur la situation et sur les émotions, de façon neutre. Cela dit, à ce stade de la crise, il est préférable d’économiser ses paroles, en se limitant à une ou deux phrases simples uniquement, comme « Tu es fâché. Tu voulais le gobelet bleu. » Évitez de mettre en avant la faute qu’il a pu commettre, comme « Tu as renversé de l’eau », ce qui peut mettre l’enfant sur la défensive : « Il y a de l’eau par terre » serait plus approprié.

Évidemment, s’il y a crise suite à un altercation entre enfants, on priorise l’enfant qui a subi l’agression en le mettant hors de portée de l’autre et en le réconfortant; mais si possible, on câline les deux ! En fait, celui qui a tapé a probablement besoin de plus d’attention, mais je tiens à d’abord faire comprendre à celui qui s’est fait frapper ou mordre qu’il n’est aucunement responsable de ce qui lui est arrivé.

Depuis que mon enfant a 3 ans, il fait des crises plus épiques; elles sont plus longues, parfois même il crie brièvement. Il refuse d’être touché et se fâche encore plus fort dès qu’on lui parle; on finit donc par opter pour rester dans la même pièce que lui, assis à terre, et on le laisse évacuer, jusqu’à ce qu’il décide de venir chercher un câlin. C’est difficile de voir son enfant dans un tel état émotionnel, mais un élément important dans cette situation est de ne pas chercher à écourter la crise. Les émotions qui se font réprimer ressortiront d’une façon ou d’une autre plus tard; en faisant une crise, l’enfant s’auto-régule en exprimant un besoin, en faisant sortir une émotion forte. Ce n’est pas approprié s’il frappe quelqu’un, mais c’est le geste qui est maladroit, pas l’intention qui est derrière.

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Par la suite, on fait un retour. On retrace avec l’enfant le déroulement de la situation; utiliser des marionnettes ou des poupées peut être plus facile pour un petit qui parle peu, ou juste qui trouve l’exercice peu intéressant et ne veut pas trop y participer. Mon enfant a souvent commencé à regarder ailleurs dans ces moments-là, mais j’ai appliqué une autre technique qui marche bien; je lui prends doucement mais fermement les mains, assise devant lui, plus bas que la hauteur de ses yeux. C’est une façon physique de lui montrer que je n’ai aucune intention malveillante envers lui. Les premières fois, il écoutait passivement, ayant plutôt hâte que ça finisse. Mais peu à peu, il se prête à l’exercice, discute, révise les différents éléments de la situation; parfois, il en reparle plus tard dans la journée.

S’il s’agit d’une situation qui n’implique que lui, passez au paragraphe suivant. S’il a fait mal à quelqu’un, je décris d’une façon neutre : « Tom pleure » puis je lui demande s’il sait pourquoi. Pour l’instant, il n’ose jamais dire que c’est lui qui a tiré les cheveux ou mis un doigt dans l’œil, alors je finis par lui dire doucement que je pense avoir vu ce geste de sa part. Ensuite, on répare. Mon enfant fait parfois un bisou et croit que ça va aller mieux -je pense que c’est une attitude qu’il a adoptée à la garderie, mais on en a reparlé avec les éducatrices et elles tentent de recadrer leur interventions en favorisant les excuses « d’une façon ou d’une autre » : un bisou, un câlin, discuter avec l’autre, lui prêter un jouet, lui donner un pansement s’il saigne, etc… L’enfant peut proposer une réparation, et l’autre peut aussi en suggérer une qui lui conviendrait mieux. Dans les cas où je suis présente, je lui dit qu’on va rester près de celui qui pleure tant qu’il est triste, même si l’enfant en question est dans les bras d’un de ses parents. Je le sens généralement légèrement mal à l’aise, mais intrigué (je ne le force pas à rester s’il refuse ouvertement); il est important pour moi qu’il constate les conséquences de ses actions et leur durée, et qu’un bisou ne résout pas forcément tout, ni tout de suite.

Ensuite, je lui explique mon point de vue et on fait une stratégie pour le futur. Par exemple, je lui explique que mettre le doigt dans l’œil fait mal, mais que s’il veut attirer l’attention d’un enfant il peut le tapoter sur l’épaule. Ou encore, durant ces quelques semaines où il nous était interdit à la maison de fermer le frigo (il voulait ABSOLUMENT le faire lui-même à chaque fois !) on rouvrait le frigo et on lui montrait comment il se fermait tout seul; on lui a demandé ce qu’il désirait, et quand il a dit qu’il voulait vraiment le fermer, je lui ai proposé de l’appeler quand j’avais besoin de lui. Ce comportement a diminué progressivement : des fois au lieu de le fermer, il le regardait se fermer tout seul, puis il a lâché l’affaire. L’impliquer dans la stratégie est essentiel; au début, il peut ne pas avoir d’idées, le processus peut le dérouter. Progressivement, il pourrait approuver parmi 2 choix que vous proposez, puis suggérer des modifications à vos propositions; à terme, il va se mettre à développer ses propres idées.
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En résumé :

– accueillir la colère avec bienveillance. Laisser aller les émotions de l’enfant sans se les approprier.
– utiliser le corps pour que l’enfant se reconnecte avec lui-même.
– parler peu, et de façon neutre. Décrire les faits et les émotions.
– quand le cerveau d’en haut a repris le contrôle, faire un retour sur les événements. Décrire la situation, de façon simple.
– si quelqu’un a été blessé, on répare, d’une façon ou d’une autre.
– discuter des valeurs ou des règles qui ont été transgressées.
– faire une stratégie : comment l’enfant pourrait-il gérer, une prochaine fois, ce type de situation ?

La discipline est un sujet vaste et qui me passionne, et cet article est loin d’être complet. D’autres idées et techniques pouvant potentiellement vous aider, vous et vos enfants, sont à prévoir 😉

Pour poursuivre la réflexion sur le sujet : 

Une revue du livre « Le cerveau de votre enfant » : https://lesvendredisintellos.com/2015/07/10/le-cerveau-de-votre-enfant-de-daniel-j-siegel-et-tina-payne-bryson/

Répondre aux crises : http://www.birthbreathanddeath.com/love-2/tantrums-how-best-to-respond/

Gérer les crises en public : http://afineparent.com/positive-parenting-faq/how-to-deal-with-tantrums.html

Accompagner les colères sans adultisme : http://www.mesmainsontlaparole.com/2016/05/09/mon-enfant-fait-des-col%C3%A8res/

C’est quoi une crise ? Comment les gérer et les prévenir : http://blog.scommc.fr/les-crises-de-nos-enfants/

L’importance de nos mots pour communiquer avec nos enfants: https://lesvendredisintellos.com/2011/12/02/limportance-des-mots-dans-la-communication-avec-nos-enfants/

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Une réflexion sur “Les colères des tout-petits, partie 3 : comment y faire face.

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