parce qu’en fait, les félicitations découragent…

Il y a quelques certitudes que j’avais dans la vie qui ont volé en éclats quand j’ai eu mon enfant et que je me suis mise à lire une tonne d’articles en tous genres (sans tout prendre au pied de la lettre, et surtout en rejetant ceux qui se basaient trop sur des opinions -je suis une fan finie de (neuro)sciences).

Par exemple, j’aurais mis ma main à couper qu’encourager son enfant en le félicitant sur ses accomplissements était une pratique parentale qui stimule la persévérance et l’estime de soi. Je me trompais.

Féliciter le résultat d’un travail a plusieurs conséquences néfastes : d’abord, on met l’accent sur le résultat, et non sur les efforts. Cela transmet l’idée que c’est le résultat qui compte. À long terme, cela peut inciter l’enfant à éviter de prendre des risques, afin de s’assurer d’avoir toujours le résultat voulu -puisque le travail n’est pas reconnu, peu importe la somme d’efforts entrepris. L’enfant ne s’engagera donc que dans de petits projets dont l’issue est assurée.

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Également, ce type de félicitation ne permet pas à l’enfant de développer sa propre appréciation de son travail; c’est l’adulte qui l’évalue selon ses propres critères. C’est l’adulte qui lui dit comment se sentir face à son propre travail -quand on y pense un peu, c’est quand même assez aberrant. Décider qu’un dessin est plus beau qu’un autre, par exemple (dans une situation où on veut en afficher un sur le frigo) revient à ôter à l’enfant sa propre sensibilité face à l’art en général -ou juste lui ôter sa propre fierté face à son travail. En fait, c’est même une forme de manipulation, puisqu’on emmène l’enfant sur un chemin -le nôtre- qui ne lui permet pas de s’épanouir de lui-même, d’apprendre à travers ses propres expériences et de faire ses propres erreurs.

L’enfant a aussi conscience du plaisir du parent : il peut vouloir chercher à reproduire cela, et donc concentrer ses activités vers celles qui provoquent ce type de réponse de la part du parent. Or un parent devrait plutôt laisser son enfant suivre ses instincts et ses intérêts, et ne pas lui donner l’impression qu’il n’aime son enfant que lorsque celui-ci fait précisément ce que l’adulte voudrait ! En outre, les félicitations ouvrent la porte à leur contraire : les critiques, ou juste occasionnellement l’absence de félicitations, pourraient être mal vécues, ou mal comprises, par l’enfant. Cela peut aussi miner sa confiance en lui quand il croit avoir fait quelque chose qui va rendre l’adulte fier mais que celui-ci, stressé ou fatigué, ne met pas son enthousiasme habituel dans ses compliments -voire n’en fait pas.

Alfie Kohn a énormément étudié, et publié, sur le sujet. Je vous suggère son site Web en entier (en anglais), à commencer peut-être par cet article.

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S’il est préférable d’éviter « bon travail! » ou « je suis fière de toi! » alors comment réagir aux productions en tous genres de nos enfants ? (tour de cube, premier livre lu en entier, etc.)

C’est assez simple : poser des questions et/ou passer en mode descriptif.

Par exemple, s’agissant d’un dessin, plutôt de dire qu’on le trouve beau, on peut constater : « tu as utilisé beaucoup de bleu ». Ou décrire une nouvelle acquisition : « avant, tu faisais juste des traits, et là tu as fait un rond fermé ! » Si l’enfant est encore en action, feutre à la main, on peut lui déclarer « j’aime te regarder dessiner ».

On peut aussi lui demander : « qu’en penses-tu ? qu’est-ce que tu préfères dans ton dessin / bricolage ? qu’est-ce qui a été le plus difficile ? » Et discuter avec lui de ce qu’on en fait : le ranger, l’afficher, l’offrir à quelqu’un… S’il n’a pas atteint son objectif (une tour de cubes aussi grande que lui), éviter les « tant pis » ou « tu feras mieux la prochaine fois »; discutez de l’accomplissement (peut-être en a-t-il superposé plus que d’habitude?) et des actions à entreprendre pour progresser (y aller moins vite, prendre le temps de les superposer adéquatement, surtout ceux du bas) mais en tenant au maximum de ne pas donner les réponses, ni en étant trop sûr de vous en donnant des réponses, si vous le faites (« je pense qu’en mettant les gros blocs en bas et les petits en haut, ça pourrait marcher »).

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Accompagner cela d’une écoute à 100 %, éventuellement aussi d’une reformulation (« je vois que tu es fier de toi ») permet à l’enfant de développer son estime de soi de façon indépendante, d’écouter ses propres sentiments, et de renforcer votre relation. Plein de belles choses, quoi !

 

 

D’autres réflexions à ce sujet :

Cesser les compliments : http://www.racheous.com/respectful-parenting/praise-addict/

25 alternatives à « bon travail! » : http://picklebums.com/25-alternatives-good-job/

Maman, il est joli mon dessin ? : http://www.seveilleretsepanouirdemaniereraisonnee.com/2016/07/maman-il-est-joli-mon-dessin.html

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Une réflexion sur “parce qu’en fait, les félicitations découragent…

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