L’herpès, une maladie trop méconnue

Un jour j’ai entendu un commentaire hallucinant : « elle est allée coucher n’importe où et maintenant elle a l’herpès ».

Ouch.

Non, l’herpès n’est pas une maladie de gens qui couchent souvent avec n’importe qui dont ils ne connaissent même pas le nom. Celle-ci affecterait 60 à 95 % de la population mondiale -on verra plus loin d’où vient cette incertitude aussi grande. Elle provient d’un virus, appelé herpes simplex virus (HSV). Il appartient à une famille de virus qui comprend aussi le virus de la varicelle; tout comme lui, lorsqu’on est infecté par l’herpès, on en reste porteur à vie. Le virus se loge dans les ganglions, et refait surface à l’occasion (périodes de stress, notamment).

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La manifestation principale de l’herpès reste les vésicules qui apparaissent autour de la zone infectée : soit autour de la bouche, soit dans la région génitale (pour des photos, voir Internet : je n’ai pas envie d’en mettre ici). Leur éruption peut être précédée de signes grippaux : fièvres, frissons, fatigue, courbatures. Elles mettent entre 2 et 21 jours à apparaître,  et sont apparentes environ 7 à 10 jours. Le niveau de douleur varie selon la personne, et également selon s’il s’agit d’une première infection (la plus douloureuse et la plus étendue en général, car le corps n’a pas encore fabriqué d’anticorps); il peut aussi y avoir douleur à la miction en cas d’herpès génital, et les ganglions les plus proches (cou ou aine) sont gonflés et sensibles. Si vous consultez un médecin, il vous prescrira un antiviral, mais celui-ci ne fera que réduire à peine la durée des symptômes, et agira mieux s’il est pris dès les premiers symptômes (ou suspicion d’éruption, en cas de poussées fréquentes).

Avoir de l’herpès peut s’accompagner de honte et de jugement, alors qu’il s’agit d’une maladie très courante et qui, malheureusement, se propage facilement. Voici quelques mythes couramment rencontrés :

 

Mythe n. 1 : si on est porteur de l’herpès, on le sait : les poussées font très mal, il est difficile de se retenir de gratter.

Si une poussée d’herpès peut faire mal, et même atrocement mal, il se trouve que tous les porteurs ne vivent pas de poussées d’herpès. On appelle ça des porteurs sains : le virus s’est niché dans leur organisme mais ils n’ont jamais eu de symptômes. Comme un séropositif, dont les analyses sanguines identifient la présence du VIH dans son sang, mais qui ne présente pas encore de signes d’affaiblissement de son système immunitaire. Le problème, c’est qu’on peut alors infecter les autres sans le savoir. Si quelqu’un présente des symptômes d’herpès dans les jours suivant un rapport sexuel, alors il y a de bonnes chances que le/la partenaire l’a infecté; il faut alors le/la prévenir. C’est une façon bien désagréable d’apprendre qu’on est porteur. Au passage, aussi, il faut absolument éviter de gratter ou même toucher ses lésions : on peut s’auto-infecter, c’est-à-dire soit étendre la zone contaminée, soit s’infecter ailleurs. Autre info : on peut même s’infecter les yeux ! Un maximum d’hygiène des mains est recommandée en période de poussée.

Enfin, ceci est à l’origine de l’incertitude sur l’étendue de la maladie, puisqu’un grand nombre de personnes infectées l’ignorent.

 

Mythe n. 2 : j’ai de l’herpès labial (boutons de fièvre / feux sauvages) et je suis donc porteur du HSV-1. Je ne peux donc pas entraîner de l’herpès génital chez mon/ma partenaire.

Faux. J’ai d’ailleurs rencontré une fille qui étudiait en sciences de la santé et qui me sortait des chiffres sur le % estimé de la population qui étaient porteurs sains, mais qui était convaincue que HSV-1 = bouche, HSV-2 = région génitale. Or il existe quelque chose qui s’appelle le sexe oral, et qui permet la transmission sexe-bouche, dans un sens ou dans l’autre. Le HSV-1 peut se développer sur la région génitale et le HSV-2 au bord des lèvres (euh, celles du haut). La différence majeure entre les 2 n’est donc pas une question de localisation, mais de virulence : le HSV-2 génère des crises plus douloureuses et plus fréquentes -en général.

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Mythe n. 3 : j’utilise des préservatifs donc je ne peux contaminer personne / je ne peux pas me faire contaminer. Pas la peine de prévenir mes partenaires !

Le préservatif ne recouvre que le pénis. Or le virus peut affleurer à la surface de la peau environnante. Certains porteurs du virus ressentent des picotements caractéristiques dans les jours précédents et peuvent donc pratiquer l’abstinence durant cette période de contagion (jusqu’à la disparition des boutons). Pour ceux qui ne reçoivent pas d’alerte de leur corps… ils sont obligés de jouer à la roulette russe et d’espérer ne pas être contagieux. Cependant, si l’on observe des schémas récurrents (ex : poussée d’herpès en période de stress), on peut alors éviter les relations sexuelles au cours de ces périodes.

En cas d’herpès labial, un baiser ou la pratique du sexe oral peut contaminer le/la partenaire à la bouche ou sur les parties génitales.

Mythe n. 4 : je fais des tests gynécologiques tous les ans et les résultats sont négatifs, je ne suis donc pas porteur/porteuse.

Faux. Les « tests » en question ne comprennent pas de détection de l’herpès. La raison en est simple, en-dehors d’un épisode de poussée, les résultats ont toutes les chances d’être des faux négatifs. En fait, la meilleure façon d’identifier la présence d’herpès chez vous, c’est… de prélever directement le liquide des vésicules au cours d’une poussée et de le faire analyser. L’analyse visuelle des vésicules est assez parlante, mais les tests en laboratoire vont compléter le diagnostic en vous disant quelle forme vous avez contractée.

Au passage, j’avoue que j’aime assez peu une pratique courante ici au Québec, qui est de ne pas vous rappeler si vos tests ne révèlent rien, alors qu’en France on reçoit un papier qui résume ce qui a été testé. Dans ce dernier cas, on peut ainsi garder le document pour références futures.

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Dernières infos : l’herpès peut sévèrement dégénérer, par exemple sous forme d’encéphalite. En cas de doute, éviter de toucher les femmes enceintes et les nouveaux-nés, et je réitère mes recommandations sur l’hygiène et toucher la zone le moins possible (ça l’aidera aussi à cicatriser).

Également, dans le cas d’une femme enceinte touchée par la maladie, elle pourra prendre un antiviral de façon préventive jusqu’à l’accouchement, mais en cas d’apparition des vésicules, elle devra alors accoucher par césarienne. Bref, on en plaisante jamais avec une éruption, et on informe largement autour de nous !

 

Plusieurs sources d’information : 

Publication pédiatrique (seule l’introduction est disponible gratuitement): http://pedsinreview.aappublications.org/content/30/4/119

Article de l’OMS: http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs400/fr/

Article Wikipédia en anglais (extrêmement complet, plus que celui en français): https://en.wikipedia.org/wiki/Herpes_simplex

Vous avez probablement l’herpès  http://www.iflscience.com/health-and-medicine/pretty-much-everybody-s-got-herpes/

Agence de la Santé publique du Canada  http://www.phac-aspc.gc.ca/lab-bio/res/psds-ftss/herpes-fra.php

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