La violence des chatouilles

Mon titre peut sembler intrigant, peut-être même provocateur.

Les chatouilles, c’est le fun, ça provoque des rires, c’est un moment agréable entre deux personnes, non ?

Oui, généralement. Seulement, il y a quelques subtilités là-dedans dont je tenais à vous faire part; mon histoire va sembler un peu extrême, et c’est le cas, mais elle n’est là que pour illustrer un concept plus large.

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Je suis chatouilleuse, assez chatouilleuse. Toute ma vie, dès que quelqu’un le savait, la personne en question faisait exprès de me chatouiller, même si ça ne me tentait pas. En général , les gens arrêtent quand même assez vite, mais ils trouvent ça drôle de voir l’autre rire. Le rire, c’est communicatif, donc quand ils voient quelqu’un rire, même s’ils l’ont obligé avec des chatouilles, ça les fait rire aussi.

Il y a une sorte de dogme comme quoi, si quelqu’un trouve une chose drôle, et que la personne en face ne partage pas son avis, alors cette dernière n’a pas le sens de l’humour. C’est forcément celle qui rit qui a raison. Donc si je m’opposais à des chatouilles ou tentais d’expliquer que c’était trop long, c’était moi (qui me faisait toucher sans mon consentement, quand même, ne l’oublions pas…) qui avais tort. À la longue, j’ai appris à juste me débattre mollement et à ronger mon frein dans mon coin, accumulant des ressentiments et un sentiment général d’être incomprise, sauf par les plus chatouilleux.

Jusqu’à un jour où, lors d’une ènième « bataille amicale » avec mon conjoint, qui consistait à ce qui me chatouille et à ce que je me débatte, et lors desquelles il s’arrêtait généralement après un -parfois deux- « arrêêête ! » de ma part… il n’a pas arrêté.

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Pour vous faire un portrait du tableau, quelqu’un que j’aimais, mais qui était plus grand et plus fort que moi, était en train d’utiliser mon corps pour me forcer à rire et ne s’arrêtait pas malgré mes supplications. Le fait que je me débattais de façon de plus en plus enragée le faisait rire de plus en plus, lui qui, extérieurement, me voyait rire aussi. En fait j’étais plutôt en position fœtale, sinon il aurait -peut-être…- vu le désespoir dans mes yeux. En panique, je ne trouvais pas d’autre mot que « arrête » pour lui indiquer que j’avais ma dose et qu’il pouvait –devait– cesser. Ce n’est qu’un coup de genou dans les couilles, de façon non volontaire, qui a mis fin à mon supplice.

Pour reprendre ce que j’ai dit plus haut : quelqu’un qui était plus grand et plus fort que moi, était en train d’utiliser mon corps pour me forcer à [faire quelque chose] et ne s’arrêtait pas malgré mes supplications. Je me suis sentie un peu violée, sans toutefois le penser avec ce mot-là à ce moment-là. J’en suis ressortie en tout cas profondément traumatisée et encore aujourd’hui, au moins 5 ans plus tard (la seule chose dont je me souviens, c’est que je n’étais pas encore enceinte), dès que quelqu’un arrive vers moi avec les mains tendues et un sourire en coin, je dis « non », tout simplement, mais de façon si glaciale, que ça coupe sérieusement l’envie à la personne en face de continuer à m’approcher. La seule personne qui peut me chatouiller est mon fils, parce qu’il n’a rien compris aux chatouilles, qu’il ne déclenche donc pas de rire-réflexe chez moi, et que si je ris c’est parce que je suis heureuse de sa tentative de connexion avec moi à travers ce geste.

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En effet, le rire généré par les chatouilles n’est pas comparable à celui qui fait suite à un bon jeu de mots, ou une blague débile, par exemple. C’est un réflexe, quelque chose de plutôt nerveux en fait. De l’extérieur, la personne semble rire, mais elle est en fait coincée et à la merci de celui qui chatouille. Cependant, comme ces chatouilles sont généralement exercées entre personnes qui s’aiment, et que le chatouilleur limite habituellement la durée de ces chatouilles, le tout entraîne la même chose qu’avec mon fils : un rire de joie, du fait de jouer ensemble. Un rire sain s’ajoute au rire-réflexe, et tout le monde est heureux -c’est le schéma le plus courant, celui que certains connaîtront uniquement toute leur vie, sans se douter du reste.

Le rire est un formidable outil de communication. Il a une fonction fédératrice -rire tous ensemble nous donne la sensation d’être plus unis. Les petites chatouilles des parents à leur bébé, ou des enfants entre eux, permettent d’aller à la rencontre de l’autre et de créer des liens. En outre, rire, avec ou sans raison (d’où l’existence des clubs de rire) améliorerait la respiration, la digestion, le sommeil, le fonctionnement cardiaque, permet de diminuer stress et douleur, et de dédramatiser certaines situations. Bref, rire c’est génial, et rire souvent c’est encore mieux.

Sauf quand, pour y arriver, on outrepasse les limites d’une autre personne, comme faire une blague de bébé mort devant une personne dont l’enfant vient de se faire renverser par une voiture et de décéder.

En conclusion : chatouillez avec parcimonie, et soyez toujours à l’écoute de l’autre. Et surtout, quand on vous dit de cesser, arrêtez-vous tout de suite. Votre plaisir n’a pas à l’emporter sur le bien-être de l’autre.

 

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Pour justifier mes dires sur le réflexe, en plus de ma propre expérience, j’ai trouvé quelques articles, pas forcément super récents :

Why being tickled is NOT funny: http://www.dailymail.co.uk/news/article-2331500/Researchers-discover-laugh-tickled–answer-funny.html

 Anatomy of a Tickle Is Serious Business at the Research Lab : https://nyti.ms/2jOSQ0s

 

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3 réflexions sur “La violence des chatouilles

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