Parce que quand on comprend le cerveau de l’enfant, tout s’éclaire !

Ou presque, hein –faut pas exagérer. Mais tout de même : avoir des informations fiables sur la façon dont le cerveau des enfants fonctionne, se construit et évolue, c’est un savoir précieux. D’ailleurs, ça aide également à comprendre son propre cerveau, et à évoluer en tant que personne. Oui oui, rien que ça.

cerveau-de-votre-enfant

Je fais référence au livre de Dan J. Siegel, professeur en psychiatrie, et Tina Payne Bryson, psychothérapeute pour enfants et adolescents, Le cerveau de votre enfant. Si je trouve leur style parfois un peu fastidieux, celui-ci est idéal pour la lecture morcelée, étalée sur plusieurs soirs semaines. Disons qu’il y a un bon nombre de répétitions, et comme j’avais lu précédemment La discipline sans drame, des deux mêmes auteurs, je commençais à faire le tour du sujet.

Quelque chose qui m’a particulièrement marquée dans les premiers paragraphes est le fait que les auteurs expliquent que c’est lorsque l’enfant fait face à des situations difficiles (que la plupart des parents décrivent comme un enfant qui a un « mauvais » comportement) qu’on peut l’aider à acquérir le plus efficacement des compétences essentielles. Pas besoin d’essayer de trouver du temps spécifiquement dédié à cela, faire des lectures, préparer des activités, avoir des discussions trop sérieuses les yeux dans les yeux… c’est notre propre façon de gérer des situations quotidiennes qui va donner à l’enfant des outils précieux!

Je ne vais pas vous raconter l’intégralité du livre, mais je vous livre quelques principes qui vous donneront sûrement envie de fouiller un peu plus en lisant l’ouvrage. Les auteurs insistent sur « l’intégration », c’est-à-dire le fait d’engager les différentes parties de notre cerveau. Si l’on est souvent sensibilisés au concept de cerveau droit (logique, qui s’exprime en mots) / cerveau gauche (créatif, qui s’exprime en émotions et en images), une autre distinction est à faire, soit cerveau d’en haut (limbique) et cerveau d’en bas (reptilien). Le premier, géré principalement par le cortex préfrontal, permet de gérer ses émotions, réfléchir aux conséquences de ses actes, imaginer ce que ressentent les autres, tandis que le second, piloté par l’amygdale, est plutôt consacré aux fonctions plus « primitives », qui a des réactions plus rapides et spontanées et est prêt à agir en cas de danger.

20170811_173328

Le travail d’un parent consiste à aider l’enfant à construire un escalier entre les deux, et aussi à acquérir le réflexe d’arpenter cet escalier. À noter que le cerveau d’en haut n’est pleinement mature qu’à 25 ans environ 😉 Donc un enfant en crise n’est pas un enfant-roi qui cherche à vous faire plier à sa volonté, mais un enfant qui manque de compétence et de maturation du cerveau. Seule votre présence empathique pourra l’aider à passer au travers tout en évoluant. À noter que les auteurs distinguent les « crises d’en bas », donc uniquement liées au fait que « l’escalier » n’est pas mature ou que l’enfant est dans l’impossibilité d’y grimper, des « crises d’en haut » où l’enfant veut exercer du contrôle sur vous. Dans ce cas, disent-ils, « il ne faut pas négocier avec les terroristes ». Ce serait oublier que tout comportement est une tentative de communication, et que s’il est probablement inadéquat d’accéder à la demande de l’enfant, il n’en demeure pas moins qu’il mérite d’être écouté afin de l’aider à s’apaiser.

Le livre se poursuit avec 12 « leçons » permettant de comprendre comment gérer différents défis qu’on peut rencontrer avec nos enfants :

Leçon n° 1 : Se connecter et rediriger. Surfer sur la vague de l’émotion. Comme j’en parlais dans ma série sur les colères des enfants, avant de commencer à parler ou faire quoi que ce soit qui nécessite de faire appel à sa logique, il faut se mettre à la portée de l’enfant, connecter avec son cerveau gauche par le toucher, des paroles  douces (peu importe ce que vous dites, c’est le ton qui compte), des expressions faciales empathiques, une écoute sans jugement. C’est ensuite, quand le plus gros des émotions est passé, qu’on peut alors « rediriger » et faire appel au cerveau droit pour mettre des mots sur la situation.

Leçon n° 2 : Nommer pour apprivoiser. Raconter son expérience pour endiguer ses émotions. Ce n’est pas en niant un problème qu’on l’élimine. On peut l’étouffer, mais pas le faire réellement disparaître. Il faut donc parler des événements de façon claire et authentique. Il suffit de reprendre la chronologie des événements; si le problème est assez anodin, l’enfant s’en rendra compte lui-même au cours de la narration. Par exemple, comme dans le cas ci-dessous, le fait de se remémorer que la maman était à côté pour lui faire rapidement un câlin peut rassurer l’enfant et lui éviter de développer une peur de tomber, ce qui pourrait l’inciter à prendre moins de risques lorsqu’il joue.

20170811_171749

Leçon n° 3 : Sollicitez-le, ne le faites pas enrager. Faites appel au cerveau d’en haut. Nos réponses aux comportements et aux paroles de nos enfants sont vraiment déterminantes pour le déroulement du reste de la situation. Dès que je deviens un peu sèche avec mon enfant, la tension dans la pièce augmente de façon assez importante. Je suis l’adulte, c’est à moi de me contrôler et d’apaiser la situation afin de pouvoir ensuite se parler. Quand l’enfant se fâche, il faut éviter de se fâcher en retour, même on se sent « piqué » par ses mots. On respire et on écoute, et on fait un retour neutre sur ce qu’on a entendu.

20170824_092858.jpg

Leçon n° 4 : L’utiliser pour ne pas le perdre. Exercer le cerveau d’en haut. Pour exercer le cerveau d’en haut, on tente de poser des questions ouvertes (c’est-à-dire qui ne peuvent pas être simplement répondues par « oui » ou « non », mais dont les réponses doivent être plus développées) qui font travailler les compétences qu’on veut développer (pour rappel : empathie, prise de décision, anticipation sur les conséquences de ses choix, principalement). On peut donc demander à l’enfant qui refuse de rendre un jouet s’il peut deviner comment l’autre se sent, ou s’il ferait les choses différemment la prochaine fois.

Leçon n° 5 : Bouger le corps pour ne pas perdre l’esprit. Dans les moments difficiles, reconnecter avec ses sensations corporelles peut aider énormément. Respirer, sauter, danser, aller marcher, se masser… À vous de trouver ce qui vous correspond, à vous et à votre enfant.

Leçon n° 6 : Utilisez la télécommande de votre esprit. Ravivez vos souvenirs. Un mythe au sujet de la mémoire est qu’elle ressemblerait à une étagère avec chaque souvenir bien classé à sa place, immuable. En fait, chaque fois qu’on se remémore quelque chose, on établit un lien entre celui-ci et des événements similaires; ces connexions supplémentaires vont affecter la façon dont on va appréhender les événements futurs. Cela signifie aussi que nos souvenirs sont constamment altérés -chaque fois qu’on les évoque. Votre passé est donc une fiction en constante réécriture. Cela dit, un certain nombre de souvenirs ne sont pas accessibles; c’est ce qu’on appelle la mémoire implicite, et le problème avec celle-ci est qu’elle peut générer des doutes et  peurs infondées. Aider son enfant à se rappeler certains événements peut l’en libérer :

20170824_093254

Par ailleurs, apprenez à vos enfants que lorsqu’ils évoquent des souvenirs, ils peuvent utiliser une « télécommande de l’esprit » et faire des retours rapides, des pauses ou des avances rapides si certains passages leur semblent moins intéressants ou leur font trop peur pour l’instant.

Leçon n° 7 : La chasse aux souvenirs dans la vie familiale de tous les jours. Évoquez fréquemment ensemble vos souvenirs. Posez des questions, des devinettes, faites des albums photos ensemble. Cela permet au cerveau de s’entraîner à se souvenir et de mettre en œuvre la leçon n.6 plus facilement, en plus de renforcer vos liens.

20170824_093224

Leçon n° 8 : Laissez passer l’orage. Expliquez à vos enfants que les émotions sont passagères et qu’elles ne le définissent pas. Quand un enfant ressent une émotion, surtout s’il est très jeune, il peut se sentir prisonnier d’émotions négatives. Lui rappeler régulièrement que les émotions arrivent et repartent va l’aider à en prendre le contrôle car elles ne sont que temporaires.

Leçon n° 9 : SISP. Etre attentif à ce qui se passe en nous (SISP: Sensations, Images, Sentiments et Pensées). Prenez le temps de faire le tour de ce qui se passe en vous, et aidez votre enfant à en faire autant -votre corps vous parle. La roue de la conscience peut vous aider -remplissez-la mentalement, ou photocopiez-la et prenez le temps d’écrire dedans.

20170824_093327

Leçon n° 10 : Exercer sa claire conscience. Apprendre à se recentrer. Dan Siegel est l’inventeur du concept de « mindsight », qu’il définit comme un mélange d’introspection et d’empathie. Comme une roue de bicyclette, une fois qu’on s’est bien positionné au centre, on est alors mieux placé pour en observer le contour, mieux comprendre ce qui se passe et trouver comment agir. Il s’agit de gagner à la fois plus de compréhension de soi-même mais aussi des autres.

20170824_093448

Leçon n° 11 : Augmenter le plaisir d’être en famille. Profitez les uns des autres. Le cerveau est un organe social, qui aime les interactions avec les autres. En passant du temps de qualité avec vos enfants, en leur permettant d’établir des interactions positives fréquemment, ce qui va leur donner des modèles précieux.

Leçon n° 12 : Se connecter par le conflit. Apprenez à vos enfants à se disputer en gardant le « nous » en tête. Le conflit permet d’apprendre à voir à travers les yeux de l’autre, d’approfondir sa connaissance de soi-même, de mieux comprendre les signes non verbaux des autres, et de devenir créatif dans ses actions de réparation.

Vous trouverez un aide-mémoire à coller sur le frigo (ou où vous voulez) à la fin du livre. Il y a aussi un résumé très visuel, mais en anglais, à cette page. Je vous recommande vraiment cette lecture car même si elle semble avant tout orientée vers la compréhension de ce qui se passe dans le cerveau d’un enfant, celui d’un adulte, à part être plus « fini », fonctionne quand même pareil 😉 Cela en fait un guide de développement personnel.

Pour finir, une dernière section s’adresse très spécifiquement au travail des parents sur eux-mêmes. Si elle vous plaît, je vous recommande alors de vous tourner vers un autre ouvrage de Dan J. Siegel, pas encore traduit en anglais : Parenting from the inside out. L’extrait ci-dessous (qui vient du Cerveau de votre enfant) vous donne un aperçu de ce qui est développé dans le livre en entier; un guide de développement personnel pour n’importe qui, plus spécifiquement les parents, et encore plus pour ceux qui ont élevés dans les VEO. Au final, je les recommande très chaudement tous les deux !! Bonne lecture…

20170824_094835

 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s